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Articulu di u numaru 2, marzu di u 2007

La petite chronique de Petru VACHET-NATALI


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LE SYNDROME DU JAMBON



Ces derniers temps, comme d'habitude, s'est tenu à Paris le salon international de l'agriculture. Celui-ci a déplacé tous les candidats à l'élection présidentielle, venus les uns après les autres et certaines fois, en s'ignorant, deux en même temps, attirés ici comme des mouches sur le fumier. (1) (C'est le cas de le dire.)

Tous ont voulu se montrer, car les agriculteurs, en France sont aussi nombreux que dans un vol d'étourneaux (2) et il faut les caresser dans le sens du poil! Ainsi, en plus de serrer d'une main celle des électeurs, les candidats se promenaient en plongeant l'autre dans les crinières chevalines et asiniennes, caressant la toison des chèvres et des brebis ou tapotant la croupe des vaches, tout en lançant un regard admirateur et envieux sur les couilles des taureaux. (Hommes et femmes !)

Tous, non pas! car le sieur José Bové (qui porte bien son nom) est resté chez lui, tant il est vrai qu'il faut s'occuper des animaux jour et nuit, sept jours sur sept.

Depuis maintenant trente ans, monsieur Jacques Chirac, que se soit en qualité de ministre ou de président de la république, vient traditionnellement à ce salon. Cette foire est très importante puisque sans les agriculteurs, nous mangerions toujours des racines, des herbes ou des baies sauvages.

Le stand de la Corse fut l'un des plus visités. Il faut dire qu'ici, les produits étaient de premier choix. Toute la marchandise était bien rangée et présentée dans les règles de l'art. Quand je dis de premier choix, c'est pour faire savoir qu'en Corse, tous les produits ne sont pas aussi bons! Certains vous vendent vraiment de la cochonnerie (au sens propre et au sens figuré !) En effet, la semaine dernière, j'ai acheté un ficatellu afin de le faire rôtir au village.

De la vraie saloperie! Le porc venait sûrement d'ailleurs. J'ai voulu le piquer avec la fourchette afin que le gras s'écoule dans le pain; l'enveloppe était si dure qu'il me semblait piquer, la peau caoutchouteuse, d'une holothurie (3)! Une fois cuit, en le coupant, est apparu un infâme morceau de langue suffisamment gros pour que l'on en distingue les papilles râpeuses !! C'est une honte! Il Y avait du colorant à profusion; même les chats n'en ont pas voulu!

Il est temps que la viande de porc et la charcuterie corse bénéficient rapidement du label d'appellation d'origine contrôlée (AOC) afin de faire le ménage dans la profession.

Pour en revenir à des produits de qualité, à Paris, monsieur du CREPAC a offert au Président de la République…sans « l’empaqueter » ni l’enrubanner...un jambon un jambon. Maintenant, comme pour les autres cadeaux il reste à savoir, si notre cuisseau porcin (4) ira aussi garnir les musées des cadeaux présidentiels !

Il me semble être toujours à l'ancien temps, où lorsque pour avoir un emploi ou une faveur, l'on arrivait avec un jambon afin de l'offrir à l'élu influent. Parfois c'étaient des saucisses, des coppe ou des lonzi, mais le jambon lui, était vraiment le symbole de la demande de piston. C'était celui-ci que l'on portait en France aux médecins et aux chirurgiens en espérant être mieux soignés que les autres.

Tout doucement, cet usage se perd, mais voyez-vous, ici par exemple, enfoui dans le plus profond de nous même, peut-être dans nos gènes, comme un réflexe, le syndrome lui, reste !... nous l'appellerons... le syndrome du jambon !!

Petru VACHET-NATALI

(1), (2), (4) Traductions littérales des expressions corses afin d'en montrer la tournure originale particulièrement imagée.

(3) Holothurie: échinoderme des fonds marins, à corps mou et allongé atteignant jusqu'à 25 cm de long, d'où son nom usuel de concombre de mer. Son nom corse de cazzumarinu, signifie littéralement: verge de mer. Cet animal marin, est muni de ventouses sur la face ventrale et de papilles rétractiles sur la face dorsale. (aussi: holothurie tubuleuse rampante.)

N.B. Le jambon corse se dit et s'écrit: prisuttu. Les corses disent prisuttu mais écrivent souvent par erreur prizuttu particulièrement ceux qui le vendent (producteurs, revendeurs, et restaurateurs). Il fallait que cela soit dit !